Tchernobyl, 20 ans après
Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explosait, provoquant l’une des pires catastrophes nucléaires de l’histoire. Un événement qui a malheureusement contredit tous les discours rassurants des experts nucléaires qui, à l’Est comme à l’Ouest, clamaient qu’un accident était impossible. Cette catastrophe a aussi montré, n’en déplaise aux autorités françaises, que le nucléaire est bel et bien une menace planétaire, car le nuage radioactif a fait le tour du monde, contaminant de nombreuses régions bien au-delà des frontières de l’ex-URSS.
©Greenpeace
L’accident majeur s’est produit au sein de l’unité 4 de la centrale électrique nucléaire de Tchernobyl en ex-URSS. L’équipe en place avait, ce jour-là, l’intention de vérifier si les turbines produisaient suffisamment d’électricité pour continuer à alimenter les pompes de refroidissement en cas de coupure de courant.
Lors de ce test, la puissance du réacteur devait être réduite à 75 % de sa capacité. Cette procédure ne se déroula pas comme prévu et le niveau tomba en dessous de 1 %. Les opérateurs ont donc décidé d’augmenter lentement la puissance. Mais au bout de 30 secondes, une hausse soudaine et inattendue d’électricité se produisit. Le système de fermeture d’urgence du réacteur (qui aurait dû interrompre une réaction en chaîne) ne se déclencha pas.
Les éléments du réacteur comportant du combustible éclatèrent, déclenchant une violente explosion. La couverture de protection de 2 000 tonnes qui recouvrait le bâtiment fut soufflée. Les barres de combustible se mirent à fondre, atteignant des températures de plus de 2 000 °C. Le graphite qui couvrait le réacteur s’enflamma. Il brûla pendant neuf jours, dégageant 12 x1018 becquerels* de radiations rejetés dans l’environnement.
Les conséquences sanitaires de cet accident nucléaire
Cette question est aujourd’hui encore très controversée, et pour cause : ni les industriels nucléaires ni les gouvernements qui les soutiennent n’ont jusqu’à maintenant fait leur travail pour établir un bilan sérieux de cet accident dramatique.
L’URSS, dans les premières années, a tout fait pour minimiser la catastrophe de Tchernobyl. Aucun registre n’a été tenu. Un des principaux chercheurs biélorusses dans le domaine de l’étude de l’impact de la radioactivité sur la santé, Iouri Bandajevski, a été emprisonné pendant quatre ans, après avoir démontré que même de faibles doses peuvent entraîner des pathologies non-cancéreuses très graves. Il est, aujourd’hui, toujours en résidence surveillée.
Greenpeace a rassemblé les travaux scientifiques sur les conséquences sanitaires de l’accident de Tchernobyl d'une quinzaine de chercheurs du Japon, d'Europe de l'Ouest, des Etats-Unis, de Russie et d'Ukraine. Ces travaux tendent à démonter que le nombre de victimes serait de l'ordre de 200'000. Or, selon l’ONU et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), 56 personnes sont décédées suite à l’accident de Tchernobyl et «4'000 personnes pourraient mourir pour avoir été exposées aux radiations après l’accident (…). Le bilan est donc bien en deçà des spéculations antérieures qui parlaient de dizaines de milliers de morts possibles.» Mais paradoxalement, dans ce même rapport, on peut lire: « Il est peu probable que l’on connaisse jamais avec précision le nombre réel de morts causés par l’accident.» Cette estimation de 4'000 morts est basée sur une population de 500'000 personnes comprenant les liquidateurs et les habitants des zones fortement contaminées.
Or, si l’on fait le même calcul en y intégrant toutes les personnes évacuées en 1986 et les habitants des zones moins contaminées (6,5 millions de personnes), on arrive à 9'000 décès. Cet oubli de l’AIEA aboutit à diviser par deux l’estimation. De plus, l’AIEA ignore les pays d’Europe occidentale qui ont pourtant eux aussi été atteints par le nuage radioactif, quoique dans des proportions bien moindres que les pays de l’ex-URSS. Parallèlement aux cancers, d’autres maladies se sont fortement développées en Ukraine et en Biélorussie. Le nombre de maladies des yeux, du système respiratoire ou cardiaques a plus que doublé dans ces régions. Une multiplication des cas de leucémie et autres maladies du sang, des affections de la thyroïde, des troubles sanguins et des malformations a été observée par les médecins ukrainiens. Selon l'Unicef, les «désordres sanitaires» ont globalement augmenté dans les trois pays : Russie, Ukraine et Biélorussie, de 43% pour les problèmes d'organes nerveux et sensoriels, et de 62% pour les désordres osseux, musculaires et ceux des tissus conjonctifs.
Et ce n’est pas terminé… Près de 9 millions de personnes continuent de vivre dans ces territoires durablement contaminés, dont certains pour des milliers d’années.