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De brillantes affaires en terres indiennes

Environ 80% du minerai d’uranium est extrait sur le territoire de peuples primitifs, sans qu’ils aient voix au chapitre et sans qu’ils tirent un quelconque bénéficie des milliards engendrés. Mais ils en paient les conséquences: les sols et les eaux souterraines sont contaminés, et le taux de cancers augmente.


©Greenpeace

AREVA: une insatiable soif d’uranium
AREVA (autrefois COGEMA), la plus grande entreprise nucléaire à l’échelle mondiale, est à juste titre titulaire du prix Public Eye Global Award 2008. De fait, avec des représentations dans plus de 40 pays, elle est parvenue comme aucune autre grande entreprise à profiter de la faiblesse de populations indigènes et, en brandissant le leurre de nouvelles places de travail, à concentrer entre ses mains toute la « chaîne de l’uranium », de l’extraction jusqu’au dépôt final – tout ceci sans se soucier des droits humains.

L’exemple du Canada
Dès 1933 environ, la COGEMA, ancêtre d’AREVA, a acheté une multitude de petites firmes engagées dans des projets liés à l’uranium, et s’est elle-même procurée des participations dans presque tous les gisements significatifs d’uranium. Entre-temps, COGEMA/AREVA s’est, de pair avec CAMECO, immiscée dans tous les domaines de la chaîne des combustibles.

La mine d’uranium de McArthur River, dans la province canadienne du Saskatchewan, est le plus gros producteur d’uranium au monde. AREVA/COGEMA est copropriétaire de la mine à hauteur de 30,2%, en compagnie de CAMECO (69,8%). Il y a trois ans environ, la mine a été inondée par une fuite d’eau totalement « imprévisible » –  en réalité, une fuite d’eau n’ayant pas été correctement évaluée par les responsables de la mine. L’exploitation minière a toutefois pu reprendre par la suite.

AREVA/COGEMA possède en outre une participation de 37,1% dans la Cigar Lake Mining Corporation (CMLC). Cigar Lake, qui se trouve également dans la province du Saskatchewan, contient l’uranium naturellement le plus enrichi, mais également des mesures de sécurité particulièrement lacunaires: il y a 2 ans, une fuite d’eau a noyé la mine et mis en danger des mineurs. L’entreprise exploitante reconnaît elle-même que la mine ne peut plus être exploitée sur plusieurs années. Mais les mineurs qui ont parlé en public des mesures de sécurité déficientes sont confrontés à des représailles (p.ex. pas de réengagement). Les exploitants déclarent qu’ils ne veulent pas abandonner le gisement de 150'000 tonnes d’uranium.

À l’heure actuelle, le Nunavut (territoire au Nord-Ouest du Canada cédé il y a quelques années à la population des Inuits avec un statut autonome) est au centre de l’intérêt d’entreprises actives dans l’exploitation d’uranium. Avec les gisements de Kiggavik, End et Andrew Lake, le territoire du Baker Lake abrite le plus grand gisement d’uranium du Canada. AREVA est de la partie et étudie les possibilités de production du gisement de Kiggavik-Sisson, estimées à environ 65'000 tonnes d’uranium 308 (U308).  

Un lourd tribut à payer
Les problèmes provoqués par les résidus toxiques liés à l’extraction d’uranium ne sont toujours pas résolus: d’immenses terrils constitués par la pluie et le vent s’amoncèlent aux abords des mines, et les particules radioactives qui ruissellent et sont soufflées contaminent l’air et l’eau. Comme des produits chimiques agressifs sont utilisés pour transformer le minerai d’uranium, les eaux et les sols de la région sont de surcroît empoisonnés par des résidus d’acide sulfurique, de mercure ou d’arsenic. Dans les mines souterraines, aucune aération efficace protégeant contre la radioactivité n’a encore été mise en place. Beaucoup de travailleurs indiens sont par conséquent tombés malades, atteints de cancers du poumon et de leucémies. On leur a très souvent mis à disposition, en guise de salaire, du matériel pour la construction d’habitations provenant des mines d’uranium. Des familles entières ont ainsi respiré pendant des années de l’air radioactif dans les pièces des leurs maisons. Certes, les entreprises exploitantes agissent aujourd’hui de manière plus prudente. Mais les problèmes pour les êtres humains et l’environnement persistent.

«Quand vous allumez la lumière chez vous, la vie s’arrête chez nous.»
(Tom LaBlanc, Sisseton Dakota)

Auteure: Helena Nyberg, AG Uran, INCOMINDIOS