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De nouvelles centrales nucléaires ne sont pas nécessaires en Suisse

Les trois entreprises d'électricité Alpiq, Axpo et FMB ne parviennent pas à se mettre d'accord sur deux des trois demandes d'autorisation générale pour la construction de nouvelles centrales nucléaires. Les politiciens conservateurs tiennent à la réalisation d'une nouvelle construction, mais même les prévisions de la Confédération montrent qu'aucune centrale n'est nécessaire: les énergies renouvelables possèdent en effet suffisamment de potentiel. Le moment est venu de poser les jalons d'une politique énergétique durable. En 2013, ce sera à nous de donner un signal clair et fort lors du référendum.

Greenpeace Protest Aktion Greenpeace Protest Aktion Greenpeace/Ex-Press/Winkler

 

La construction d'une nouvelle centrale nucléaire est un projet d'envergure, long et extrêmement coûteux. Selon un rapport du New York Times du 25 avril 2009, le constructeur français de centrales nucléaires Areva estime à 10 milliards de francs la construction d'un seul réacteur EPR (type de réacteur le plus moderne). La construction de trois nouvelles centrales nucléaires en Suisse coûterait ainsi la somme colossale de 30 milliards de francs, sans compter les coûts de fermeture et de stockage, ainsi que le fait que les groupes d'électricité évitent une assurance responsabilité civile digne de ce nom et se déchargent de la responsabilité pour les dommages à long terme subis par la population après un grave accident.
Les entreprises d'électricité suisses affirment qu'il est possible d'acheter un kilowattheure (kWh) d'énergie nucléaire pour cinq à sept centimes. Par contre, aux Etats-Unis, il faut compter entre 17 à 20 centimes par kWh. Il n'est donc pas étonnant que l'on y construise des installations éoliennes plutôt que des centrales nucléaires ou des centrales à charbon. En Allemagne, il est question d'une indemnité de risques pour l'énergie nucléaire car les coûts d'assainissement, de fermeture et de stockage s'élèveront à des milliards d'euros pour les contribuables (Der Spiegel, 30/2009). L'époque où le prix de l'énergie nucléaire était maintenu artificiellement à un bas niveau par des subventions étatiques pourrait bientôt être révolue.

L'industrie suisse n'en profite pas
Outre les entreprises d'électricité suisses, qui bénéficiera de la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse? Ce sont surtout les entreprises de construction étrangères et les constructeurs de centrales nucléaires comme AREVA qui profiteront des mandats ; ce ne sera pas l'industrie suisse.
Du point de vue économique, la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse est un mauvais investissement. Les énergies renouvelables sont avantageuses, coûtent de moins en moins cher, génèrent une création de valeur locale et sont inépuisables, au contraire de l'uranium et du pétrole.

De l'électricité en suffisance grâce aux énergies renouvelables
Le pôle économique et de recherche suisse est vraiment prédestiné à développer et à améliorer les technologies énergétiques pour le temps où il n'y aura plus d'uranium ni d'énergies fossiles, ainsi qu'à tirer profit des exportations. Si nous optons pour une génération supplémentaire de centrales nucléaires, nous mettrons sur le dos de nos enfants la reconversion inéluctable vers un système fonctionnant aux énergies renouvelables, ainsi qu'une masse de déchets nucléaires supplémentaires et des coûts incalculables de plusieurs milliards.
Le scénario IV « Energies renouvelables » des perspectives énergétiques établies par l'Office fédéral de l'énergie (OFEN) montre qu'il est possible de se passer de nouvelles grandes centrales. Il mise sur les énergies renouvelables et enraye le gaspillage énergétique. Résultat: il y aura assez d'électricité pour tous jusqu'en 2035! Selon ce scénario, la sécurité de notre approvisionnement sera accrue et, selon l'OFEN, coûtera presque autant que si nous nous appuyons sur des centrales nucléaires et des centrales à gaz.

Les alternatives aux centrales nucléaires sont bloquées
La ruée sur la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) pour l'électricité produite à partir des énergies éolienne, solaire et hydraulique ainsi que de la biomasse montre qu'il existe un énorme potentiel en Suisse. Au cours de la brève période comprise entre mai 2008 et janvier 2009, tant de nouveaux projets ont été annoncés qu'une centrale nucléaire de la taille de celle de Mühleberg (production de 355 mégawatts) pourrait être remplacée. Le délai avant la mise en service est évalué entre trois et quatre ans, ce qui est quatre fois plus rapide que le temps de construction et de planification de nouvelles centrales nucléaires.
La limitation prévue de la rétribution du courant a conduit à la fin du mois de janvier 2009 au blocage des autorisations pour l'ensemble des technologies. De nombreux projets supplémentaires pourraient être concrétisés si la loi autorisait sans limite les énergies renouvelables, comme c'est le cas en Allemagne. Des discussions sont menées actuellement au niveau fédéral sur l'augmentation ou la suppression totale du plafond quantitatif et budgétaire présent dans la loi sur l'énergie. Ce frein doit être supprimé. Afin que le passage aux énergies renouvelables continue à préserver l'environnement, des critères écologiques doivent en outre être intégrés à leur promotion.

Une question de volonté politique
En Allemagne, la production annuelle totale d'électricité à partir d'énergies renouvelables a augmenté de 60 milliards de kilowattheures entre 1998 et 2007, ce qui correspond à la production annuelle de 22 centrales nucléaires comme celle de Mühleberg. Si l'on applique cette évolution à la Suisse, cela donne en dix ans autant d'électricité supplémentaire que la production de deux centrales nucléaires de la taille de Mühleberg.
Le défi de la politique énergétique en Suisse consiste à remplacer trois anciennes petites centrales nucléaires jusqu'en 2020 en recourant à l'efficacité énergétique et aux énergies renouvelables, ce qui représente 13,4 % de la production d'électricité actuelle. Ce n'est pas un jeu d'enfant, mais c'est possible, même en Suisse. Pour cela, il faut mettre en œuvre une politique applicable à l'offre et à la demande, qui permet de promouvoir résolument les énergies solaire, éolienne et hydraulique. Si elle échoue, il faudra faire appel à la population suisse. En 2013, à l'occasion du référendum sur les demandes d'autorisation générale, nous aurons l'opportunité de poser les jalons d'un avenir renouvelable au lieu de nous reposer sur l'énergie nucléaire, vestige du passé.

Auteur: Jürg Buri, directeur de la Fondation suisse de l'énergie (SES) et président de l'alliance «Non au nucléaire»
www.energiestiftung.ch

Cet article est également paru dans le magazine natur und mensch (La nature et l'homme), 4-5/09, l'organe médiatique de Rheinaubund.