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Jürg Joss

Opposant à la centrale nucléaire de Mühleberg, technicien en automation et père de famille vivant à Bätterkinden dans le canton de Berne, Jürg Joss se mobilise pour un avenir sans nucléaire. Son engagement au sein de l’association «Fokus Anti-Atom» (Focus anti-atome) ne doit rien au hasard : Jürg Joss a personnellement été exposé à des radiations nocives. La centrale obsolète de Mühleberg l’insupporte tout particulièrement. Par souci de sécurité, il espère sa fermeture prochaine.


Une catastrophe majeure à tous les niveaux
Au lendemain de la panne du réacteur de Tchernobyl en 1986, des images inquiétantes ont commencé à circuler à travers le monde: elles montraient la brèche dans le bloc 4 de la centrale nucléaire, proche de la ville de Pripyat dans ce qui était alors l’Union soviétique. Cet événement a constitué le plus grave accident nucléaire de tous les temps. Des années plus tard, des images bouleversantes et effrayantes continuent de soulever de nombreuses questions sur la sécurité de l’énergie nucléaire.
A l’époque, Jürg Joss s’est lui aussi senti touché par la souffrance engendrée par la catastrophe et a pris la décision de s’engager activement dans l’association «Aktion Mühleberg stilllegen», rebaptisée «Fokus Anti-Atom» en 2003.
Tchernobyl n’a pas été l’unique élément déclencheur de sa décision de réfuter catégoriquement l’énergie nucléaire et de devenir un militant actif. Cet électricien de formation a pour la première fois été confronté à ce sujet à l’école professionnelle. «On nous a expliqué à plusieurs reprises le fonctionnement du marché de l’électricité et le caractère indispensable des centrales nucléaires.» Cette position ne faisait alors pas l’objet d’une grande remise en question. Or, quelques années plus tard, avant l’accident de Tchernobyl, Jürg Joss a lui-même été contaminé par des particules radioactives en effectuant des travaux de révision dans la centrale nucléaire de Leibstadt. Heureusement, elles ont pu être éliminées sous la douche. A l’époque, cet incident l’a toutefois fait réfléchir aux conséquences et aux dangers de l’énergie nucléaire.

Ne pas relâcher la pression

L’association «Fokus Anti-Atom», autrefois «Aktion Mühleberg stilllegen», se mobilise pour la fermeture et l’interdiction de toutes les installations nucléaires. Cette organisation s’engage de différentes façons dans la mouvance qui s’oppose au nucléaire et compile de précieuses informations générales sur le thème des centrales. «En raison de notre proximité avec le site de Mühleberg, nous concentrons une majeure partie de notre travail sur cette centrale. Elle n’est en effet pas suffisamment sécurisée contre les accidents d’avions et les risques sismiques, et présente des fissures au niveau du cœur du réacteur et du manteau», explique Joss à propos de la centrale nucléaire du canton de Berne. Et d’ajouter : « Etant donné qu’il s’agit d’un réacteur de première génération, la centrale nucléaire n’a jamais été conforme à l’état actuel de la technique. Jusqu’en 1990, la centrale nucléaire ne recevait que des autorisations d’exploitation de six mois à un an en raison de ses systèmes de sécurité défaillants. » En 1992, après la mise à niveau du système d’alerte «SUSAN» (un système indépendant spécial pour évacuer la chaleur résiduelle), qui n’a toutefois jamais permis de palier au manquement des systèmes de sécurité de manière exhaustive, la centrale nucléaire a pour la première fois reçu une autorisation d’exploitation de 10 ans jusqu’en 2002. «Ensuite, le Conseiller fédéral Leuenberger a octroyé à la centrale nucléaire une autorisation scandaleuse jusqu’en 2012», poursuit Jürg Joss. Les Forces motrices bernoises (FMB), qui exploitent la centrale nucléaire, ont introduit une demande d’autorisation d’exploitation illimitée en 2005. Toutefois, au vu des nombreux faits inquiétants, la population espère que la centrale nucléaire sera finalement fermée. Jürg Joss se bat sans relâche avec «Fokus Anti-Atom» aux côtés des personnes concernées.

«L’avenir? Au lieu de parler de sa voiture, on parlera de l’installation solaire sur son toit».
Jürg Joss travaille à 80 % comme technicien en automation dans une entreprise de techniques analytiques de mesure. Ces techniques aident les laboratoires et les entreprises à mesurer le niveau de pollution dans les cours d’eau, et les entreprises de production en Suisse et dans les pays voisins. Le vendredi est le jour de congé de Jürg Joss. Il aime le passer avec son épouse et ses trois enfants. Il réserve aussi la plupart de ses soirées à sa famille. «Environ une fois par semaine, j’ai une réunion au programme, soit pour la commission environnementale de la commune, soit pour «Fokus Anti-Atom». Et le lundi soir, j’ai ma leçon de piano», dévoile-t-il.  Nous lui avons demandé comment il se représentait le marché suisse de l’énergie dans 20 ans. «Dans 20 ans, Mühleberg, les deux centrales de Beznau, celle de Cattenom et celle de Fessenheim seront fermées depuis longtemps. L’abandon de l’énergie nucléaire aura fait ses preuves à tous les niveaux et entre voisins, on ne parlera plus de sa nouvelle voiture, mais de l’installation solaire trônant sur le toit de chaque ménage.» Sa projection n’est peut-être pas si utopiste que ça.

«Fokus Anti-Antom» est membre de l’alliance «Non au nucléaire». Vous trouverez de plus amples informations sur l’association «Fokus Anti-Atom» et sur la centrale nucléaire de Mühleberg sur le site Internet: www.fokusantiatom.ch